Mojtaba et Donald : deux héritiers que le destin immobilier appelait au sommet

Il existe des moments où l’histoire semble vouloir prouver que la géographie et la théologie ne sont que des décorations exotiques posées sur un même mécanisme : celui de la dynastie familiale qui transforme un fils en destin national, à condition que le père ait eu la bonne idée d’accumuler un peu d’influence, beaucoup d’argent et quelques réseaux bien placés.

Lorsque l’on observe le parcours de Mojtaba Khamenei et celui de Donald Trump, l’on découvre avec un mélange de perplexité et d’amusement que la République islamique et la démocratie américaine, malgré leurs proclamations solennelles, savent toutes deux produire une variété assez comparable de dirigeants : le fils bien né qui grimpe vers le sommet en s’appuyant sur l’ascenseur paternel.

Certes, les pères ne pratiquaient pas le même métier, puisque Ali Khamenei dirigeait une théocratie révolutionnaire tandis que Fred Trump construisait des immeubles à Brooklyn, mais leurs héritiers ont compris avec une remarquable intuition que la pierre constitue la seule religion véritablement universelle, car un bon immeuble rapporte autant de loyers à Téhéran qu’à Manhattan et possède l’avantage de ne jamais discuter la légitimité de son propriétaire.

Ainsi, tandis que Mojtaba découvrait les vertus spirituelles de l’immobilier international en laissant prospérer un discret portefeuille de propriétés luxueuses, Donald perfectionnait l’art sacré du gratte-ciel doré, et chacun d’eux apprenait que la politique, loin d’être un sacerdoce austère, ressemble beaucoup à une opération immobilière réussie, puisqu’il suffit de posséder le terrain, d’expulser les anciens occupants et d’apposer son nom en lettres gigantesques sur la façade du pouvoir.

La comparaison devient encore plus savoureuse lorsque l’on observe les résistances rencontrées par ces deux héritiers, car leurs adversaires avaient la fâcheuse habitude de rappeler que l’un comme l’autre semblaient souffrir d’un léger déficit de qualifications pour la fonction suprême.

Lorsque les membres de la Très Honorable Assemblée des Experts examinèrent la candidature implicite de Mojtaba, plusieurs ayatollahs exprimèrent avec une politesse toute persane l’idée que l’intéressé ne possédait ni la profondeur théologique ni la stature religieuse qui permettent normalement de guider une république islamique, ce qui revenait à dire qu’il risquait de confondre un commentaire du Coran avec un prospectus immobilier.

De l’autre côté de l’Atlantique, une partie considérable de l’establishment américain observait avec un étonnement voisin l’ascension de Donald Trump, dont les détracteurs soulignaient qu’il ne possédait ni expérience politique sérieuse, ni connaissance approfondie des affaires publiques, ni goût particulier pour la lecture des dossiers gouvernementaux, lacunes qui n’empêchèrent nullement l’électeur américain de lui confier les codes nucléaires avec la même sérénité qu’un promoteur remettrait les clés d’un penthouse à un locataire enthousiaste.

Il est donc permis de conclure que la compétence constitue une qualité charmante mais non indispensable pour atteindre les plus hautes fonctions, car l’histoire contemporaine semble démontrer qu’une combinaison d’héritage familial, d’instinct immobilier et d’une certaine confiance en soi capable de traverser les murs en béton armé suffit largement à ouvrir les portes du pouvoir.

Là où Mojtaba invoque la continuité de la révolution islamique, Donald invoque la grandeur de l’Amérique, mais tous deux semblent partager la conviction que gouverner un pays ressemble finalement beaucoup à gérer un portefeuille de propriétés, puisque l’essentiel consiste à protéger ses actifs, à surveiller ses loyers politiques et à s’assurer que personne ne vienne contester la propriété du sommet.

Il reste toutefois une différence culturelle délicieuse entre les deux hommes, car Mojtaba s’exprime dans la langue feutrée de la théologie chiite tandis que Donald Trump préfère la rhétorique d’un promoteur new-yorkais qui négocierait la vente du paradis avec une assurance absolue, ce qui permet d’imaginer qu’au fond ces deux héritiers se comprendraient parfaitement s’ils se rencontraient, puisqu’ils pourraient passer la soirée à comparer leurs immeubles, leurs ennemis et leurs certitudes, avant de conclure que le monde moderne n’est peut-être rien d’autre qu’une immense opération immobilière dont ils espèrent tous deux devenir les propriétaires.

Et si l’histoire devait poursuivre cette étrange symétrie, il ne serait pas totalement impossible qu’un jour un théologien iranien découvre les vertus du golf tandis qu’un milliardaire américain se mette à commenter la jurisprudence chiite, car la politique contemporaine prouve avec constance que la réalité possède un sens de l’humour infiniment plus développé que celui des caricaturistes.


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