Trump auto-proclamé Président (intergalactique) du Conseil de la Paix.

Après le prix de la paix de la FIFA, après la médaille du Prix Nobel de la Paix de Marchado, Trump auto-proclamé Président (intergalactique) du Conseil de la Paix.

On peut discuter longtemps de la diplomatie, des équilibres mondiaux, des intérêts stratégiques, de la place de l’Europe et des États-Unis dans l’ordre international. On peut aligner les concepts, convoquer les experts, citer les traités et les grandes phrases historiques. Mais avec Donald Trump, tout cela devient soudainement inutile, presque naïf, tant l’homme fonctionne comme un parrain de série B qui aurait confondu la Maison-Blanche avec un plateau de télé-réalité ou une villa sicilienne. Trump ne gouverne pas, il marchande. Tel un parrain, il ne négocie pas, il menace. Il ne respecte pas, il facture. Et quand il prétend travailler pour la paix, c’est avec les méthodes d’un racketteur qui tient la porte d’un magasin et qui sourit en demandant : « Alors, tu coopères ou tu préfères que je casse la vitrine ou que je te brise les rotules, l’échine et ton PNB ? »

La dernière foucade trumpienne se présente sous un nom aussi grandiloquent que creux : le « Conseil de la paix ». Un machin – pour reprendre un mot célèbre de De Gaulle – de façade, une étiquette bien propre posée sur une logique brutale, comme on met un ruban rouge sur un colis piégé ou des fleurs sur un cercueil en carton contenant quatre balles. Trump annonce donc qu’il a « invité » Vladimir Poutine à y participer. L’annonce, en soi, mérite déjà une minute de silence. Voilà donc un dirigeant soupçonné, sanctionné, critiqué, associé à des guerres et à des crimes documentés, poursuivi pour « crimes contre l’humanité », transformé en invité d’honneur d’un club pour la paix. Pourquoi ne pas confier demain la lutte contre l’obésité à une chaîne de fast-food et la protection des océans à un pétrolier. L’ironie est tellement épaisse qu’elle pourrait servir d’isolant thermique à la planète.

Dans la foulée, Trump aurait également tendu la main à Emmanuel Macron, « invité » lui aussi à rejoindre ledit Conseil. Le Président français a décliné poliment l’offre. Mal lui en a pris. Car, comme dans une cour d’école dirigée par un adulte colérique, la punition tombe : Trump déciderait en représailles d’augmenter de 200 % les droits de douane sur les vins et champagnes français. Nous voilà au cœur du système Trump. Un président qui traite un refus diplomatique comme un affront personnel et qui répond comme un enfant qui renverse la table du goûter. À ses yeux, un partenaire n’est pas un allié, c’est un client. Un pays n’est pas une nation souveraine, c’est une boutique. Et si la boutique ne s’aligne pas, on lui colle une amende.

La France est donc sommée d’entrer dans l’ordre trumpien ou d’assumer les conséquences de son refus. C’est du chantage assumé, revendiqué, maquillé en politique commerciale. Il ne s’agit pas de réguler une concurrence déloyale, de défendre une industrie nationale, d’équilibrer des échanges. Non. Il s’agit de menacer et de punir. C’est l’économie transformée en arme personnelle. Une diplomatie de représailles, une stratégie de caïd, où l’on impose sa volonté non par la force du droit, mais par la menace financière, comme un propriétaire qui coupe l’électricité à son locataire pour obtenir une signature.

Trump, il faut le rappeler, avait déjà théorisé cette folie lors de son investiture en affirmant que les droits de douane étaient « les plus beaux mots du dictionnaire ». Mais il est vrai que pour un homme qui maîtrise tout au mieux un bagage lexical de cinq cents mots, le choix est pour le moins judicieux.  Il faut le talent particulier d’un homme qui confond l’économie et la vengeance pour croire qu’un impôt à l’importation est un slogan magique. Les droits de douane n’ont jamais été des mots « beaux » : ce sont des outils lourds, qui font grimper les prix, perturbent les filières, déclenchent des ripostes, détruisent de la confiance et des emplois. Ils sont à la diplomatie ce qu’un coup de poing est à la conversation.

Le plus glaçant dans cette séquence lunaire, ce n’est pas seulement l’absurdité. C’est la logique sous-jacente : Trump veut une France docile, ignorant plus de cinquante années d’histoire et de relations franco-américaines initiées par De Gaulle (encore lui). Une France qui applaudit quand on lui dit d’applaudir, qui signe quand on lui dit de signer, qui s’aligne quand on lui dit de s’aligner, c’est une France fantasmée telle que Trump la souhaiterait. Et si la France ne marche pas au sifflet, alors la France doit payer. Voilà la vision trumpienne des relations internationales : une hiérarchie, une obéissance, un tribut. Dans ce monde-là, la souveraineté n’a plus droit de cité. Dans la vision manichéenne de l’agent immobilier peroxydé, il n’existe que deux catégories : les pays « bons », parce qu’ils courbent l’échine et se soumettent, et les pays « mauvais », parce qu’ils ont l’audace de dire non. J’emploie ici volontairement ces qualificatifs puérils, tant ils sont révélateurs du lexique fétiche de Trump : incapable de rationaliser, de penser, et encore moins d’argumenter, il préfère contourner la raison en dégainant des mots affectifs, hypocoristiques, faussement chaleureux, comme si la diplomatie relevait d’une cour de récréation où l’on distribue les bons points aux dociles et les coups de bâton aux récalcitrants.

Quand un chef d’État transforme la moindre divergence en affront et la moindre nuance en provocation, il ne construit pas la paix. Il installe la guerre froide permanente, la tension continue, l’hostilité comme méthode. Il promet un « Conseil de la paix » mais pratique la diplomatie du gourdin en homme de « Croc Moignon » consommé. Il se présente en pacificateur mais serre la gorge de ses partenaires économiques, étrangle les canaux de communication habituels. C’est une paix de mafieux : en d’autres termes, ce n’est pas de la paix, c’est de la soumission.

La vérité, c’est que Trump ne supporte pas la contradiction, et qu’il n’a jamais supporté l’idée même d’un pays qui se tienne debout devant lui. Il adore les dirigeants qu’il peut flatter ou mépriser, ceux qui jouent la cour, ceux qui font des courbettes, ceux qui se prosternent devant lui en espérant éviter le coup de bâton. Il respecte la force brute, pas l’argument. Il aime les autocrates, les Poutine et consorts parce qu’ils lui ressemblent : ils règnent, ils punissent, ils se vengent. Le Conseil, de la paix n’est donc pas un projet diplomatique. C’est une mise en scène. Une scène où Trump veut être le héros, Poutine l’invité prestigieux, et Macron l’élève récalcitrant qu’on doit « corriger ». L’ego trumpien atteint des sommets vertigineux à telle enseigne qu’il se dispense désormais d’un Surmoi. N’a-t-il pas confié, fièrement, que la seule limite qu’il se reconnaissait était son sens moral ? Il y a de quoi rendre hystériques les bourses mondiales quand on connait le sens moral d’un mafieux…

Il faut le dire clairement : l’ego de Trump ne saurait se substituer à l’Etat américain et cette manière de gouverner est une dérive qui relève de la pathologie politique. Trump est en train de banaliser le chantage comme outil de relation internationale. Et si l’on accepte cela, si l’on se couche, si l’on signe, si l’on cède, on ouvre la porte à un monde où la loi du plus fort dicte tout, où le commerce sert de sanction, où la paix sert de décor, et où l’amitié entre nations est remplacée par une logique de racket.

Il n’est que de se remémorer le lamentable épisode de l’été 2025 qui a vu se transformer un pseudo-accord transatlantique en scène de théâtre, et la diplomatie européenne en figurante docile. L’été dernier donc, Trump n’a pas seulement reçu Ursula von der Leyen, il l’a convoquée sur son gazon, sur son green, dans ce décor de milliardaire persuadé que le monde entier est une annexe de son club-house. Ici, l’Union européenne ne négocie pas, elle se présente à l’heure, sourire crispé, dossier sous le bras, comme une intendante venue faire valider la commande par le propriétaire des lieux. La « diplomatie du golf » a un avantage : tout est symbolique, tout est clair, tout est brutal. D’un côté, l’homme qui impose la mise en scène, choisit l’endroit, dicte le rythme et capte l’image ; de l’autre, une présidente de Commission sommée de prouver qu’elle sait encore exister… en acceptant précisément de ne pas exister.

Le plus glaçant, ce n’est même pas la photo, c’est ce qu’elle raconte sans un mot : l’Europe réduite à supplier poliment, à arrondir les angles, à déposer une signature comme on dépose un chèque, pendant que Trump, lui, récolte le trophée médiatique. On appelle cela un accord ; en réalité, c’est une démonstration de force, un rituel d’allégeance sous ciel écossais. Trump n’a pas obtenu seulement des concessions, il a obtenu mieux : un décor, une image, une posture. Et l’Europe, au lieu de réaffirmer sa souveraineté, a choisi la stratégie de l’oreiller : ne pas faire de vagues, se coucher confortablement, et espérer que la tempête passe. Sur le green, ce jour-là, on n’a pas vu deux partenaires. On a vu un homme qui s’approprie tout, et une institution qui s’excuse presque d’être venue. Comment ne pas songer à la célèbre phrase de Churchill lancée à Neville Chamberlain après les accords de Munich de 1938 à propos de la politique d’apaisement face à Hitler : « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre. »

La France n’a pas à entrer dans la cage. Elle n’a pas à mendier ni à quémander. Elle n’a pas à s’excuser d’exister en tant que pays souverain. Un refus diplomatique n’est pas une insulte, c’est un droit. Et si Trump veut taxer nos vins et nos champagnes comme on brise une vitrine par colère, alors il faudra répondre avec la seule arme qu’il comprenne : la fermeté politique, commerciale, européenne, coordonnée, assumée. Mais ne surtout pas opter pour la posture, à la manière de Trump en recourant à l’indignation en tweet.

Parce que l’hybris trumpienne a une constante : elle recule quand elle rencontre un mur. Elle avance quand elle flaire la peur, à la manière des prédateurs. Il est urgent de rappeler à Trump une évidence que personne ne devrait avoir à rappeler à un président des États-Unis : la France n’est pas un vassal et les vins français ne sont pas une monnaie d’humiliation.

Trump n’est pas le chef d’un quelconque Conseil de la paix. Il est le metteur en scène d’un spectacle dont il distribue les rôles et sélectionne les invités au gré de ses humeurs, de ses caprices et de ses intérêts immédiats. Son prétendu « Conseil de la Paix » n’a d’ailleurs rien d’une instance de dialogue : c’est un Conseil de la pression, un instrument de chantage permanent, conçu non pour apaiser mais pour contraindre. Sa seule boussole n’est ni la stabilité ni la justice, mais l’emprise : tout contrôler, sur tout, et surtout sur tous.

MAGA : Make America Go Away


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