Ciotti et Dati : deux meetings, deux procès, une même mécanique.

A quelques centaines de kilomètres de distance, deux meetings politiques se sont tenus presque au même moment. A Paris, celui de Rachida Dati à l’Élysée-Montmartre. A Nice, celui de Éric Ciotti face au maire sortant Christian Estrosi.

A première vue, deux villes, deux campagnes, deux styles. Mais à bien regarder, la mécanique est la même. Car ces meetings ressemblent moins à des réunions de programme qu’à des audiences de tribunal.

A Paris, la séance s’ouvrit par le réquisitoire contre Anne Hidalgo et sa majorité. La capitale fut décrite comme une ville accablée de tous les péchés urbains : saleté, travaux, embouteillages, pistes cyclables et chantiers permanents. La candidate, elle, apparaissait comme la prêtresse du salut municipal, invoquant à plusieurs reprises « le choix de la raison ».

A Nice, la scène avait des airs de duel méditerranéen. Le meeting de Ciotti ressemblait à un rassemblement de partisans venus assister au procès politique de Christian Estrosi. Là aussi, la rhétorique suivait une mécanique éprouvée : expliquer que la ville s’est égarée et qu’il est urgent de la remettre sur le droit chemin.

Dans les deux cas, la structure du discours obéit à une logique remarquablement semblable, puisque tout commence par un diagnostic alarmiste qui présente la ville comme un territoire en déclin ; cette description sombre permet ensuite de désigner clairement le responsable de cette supposée dégradation, c’est-à-dire l’équipe municipale en place ; enfin, au terme de ce réquisitoire, le candidat peut apparaître comme l’incarnation même de la solution, celui ou celle qui promet de restaurer l’ordre urbain et de remettre la ville sur le chemin de la raison.

Mais ces rassemblements présentent une autre caractéristique commune : ils ne sont pas conçus pour faire surgir la contradiction. Il ne s’agit pas d’une assemblée politique où des questions embarrassantes pourraient surgir du public ou où l’on verrait apparaître des contradicteurs. Le meeting moderne ressemble plutôt à une cérémonie parfaitement réglée dans laquelle le public est déjà acquis à l’orateur.

Les salles sont pleines de sympathisants, parfois même de fidèles, dont la fonction essentielle consiste à applaudir au moment opportun. On n’y rencontre guère d’opposants ; on y trouve surtout des thuriféraires, chargés d’entretenir la ferveur collective. Autrement dit, ces réunions tiennent moins du débat que du panégyrique.

La politique municipale pourrait pourtant se résumer à des questions assez prosaïques – transports, écoles, logements, propreté – mais ces sujets ont l’inconvénient de manquer de dramaturgie. Il est tellement plus efficace de raconter la chute d’une ville et l’arrivée d’un sauveur.

Ainsi, de Paris à Nice, la campagne électorale ressemble parfois à une pièce bien réglée dans laquelle les rôles semblent distribués à l’avance : le coupable, le procureur et le rédempteur. Et pour que la représentation fonctionne, il faut deux choses : une clique et une claque.

Le seul personnage qui n’a pas encore parlé, c’est le jury. Et dans cette affaire, il compte plusieurs millions de personnes : les électeurs, plus nombreux que les choreutes de la tragédie grecque antique.


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