Le Conseil de la paix : chef-d’œuvre diplomatique… soigneusement inutilisé

Lorsque Donald Trump annonça à grand renfort de déclarations solennelles, de conférences de presse enthousiastes et d’autosatisfecit parfaitement assumés la création d’un « Conseil de la paix » lors du Forum de Forum économique mondial de Davos, l’initiative fut présentée comme une innovation diplomatique majeure destinée à prévenir les conflits, à arbitrer les crises internationales et, d’une manière générale, à introduire un peu de sagesse dans un monde qui, il faut bien l’avouer, en manque parfois.

Or il apparaît aujourd’hui, à la lumière du conflit déclenché contre l’Iran, que cette institution prometteuse possède une qualité remarquable : elle fonctionne parfaitement… tant qu’on ne l’utilise pas.

En effet, lorsque les opérations militaires ont commencé, personne n’a jugé nécessaire de consulter ce Conseil de la paix, lequel aurait pourtant pu, en théorie, se réunir, réfléchir, délibérer, rédiger un communiqué, voire exprimer une inquiétude mesurée – toutes activités auxquelles les institutions internationales excellent depuis plusieurs décennies.

Il convient de reconnaître que cette absence de consultation n’est pas totalement surprenante puisque l’autre grande organisation censée réguler l’usage de la force dans le monde, à savoir l’Organisation des Nations unies, n’a pas davantage été sollicitée afin de délivrer le mandat qui, en principe, devrait autoriser une intervention militaire.

Ainsi apparaît une situation diplomatique d’une grande clarté : la guerre a été engagée sans mandat de l’Organisation des Nations unies et sans que le nouveau Conseil de la paix – pourtant présenté avec emphase comme une innovation historique destinée à prévenir les conflits – ait été jugé digne d’être consulté, comme si cette institution devait surtout briller dans les discours inauguraux plutôt que dans les circonstances où l’on pourrait réellement attendre son intervention.

Dans ces conditions, il devient difficile de ne pas s’interroger – avec toute la prudence intellectuelle requise – sur l’utilité concrète de ce Conseil de la paix, dont la fonction semble consister à exister dans les communiqués et les cérémonies tout en évitant soigneusement de se trouver mêlé aux affaires réelles, ce qui n’empêche nullement ses membres de s’acquitter d’un modeste ticket d’entrée d’un milliard de dollars, contribution qui prouve au moins que la paix peut constituer un investissement particulièrement rentable.

Et lorsqu’on observe plus attentivement encore le fonctionnement de cette institution, on découvre un mécanisme diplomatique d’une élégance presque parfaite : puisqu’un conseil chargé de préserver la paix qui ne se réunit pas lorsque la guerre commence possède l’avantage incomparable de ne jamais être confronté à la moindre difficulté, il lui devient également impossible d’échouer, ce qui constitue sans doute l’une des formes les plus abouties d’efficacité institutionnelle.

Il s’agit là, reconnaissons-le, d’une innovation stratégique intéressante, puisque l’histoire des organisations internationales montre que les institutions les plus efficaces sont parfois celles auxquelles on ne demande rien.

De sorte que le Conseil de la paix pourrait bien représenter l’une des créations diplomatiques les plus ingénieuses de notre époque : un organe destiné à empêcher les guerres… à condition que les gouvernements prennent soin de ne jamais le consulter.


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