Nice, la glace et le grand dégel idéologique.

Il y a des projets qui patinent. Et puis il y a ceux qu’on démonte méthodiquement, pièce par pièce, comme un pull dont on tire le fil, dans une opération de détricotage devant laquelle Pénélope elle-même se serait inclinée.

A Nice, la future patinoire olympique – 80 millions d’euros de glace vive – n’aura peut-être jamais l’occasion de geler. A peine sortie des cartons, déjà rangée au rayon des souvenirs coûteux, entre deux lignes budgétaires qu’on préfère oublier. A sa place, une idée plus sobre, plus modeste, plus… fondante : faire avec ce qu’on a. Quitte à accueillir les Jeux d’hiver avec des installations d’été.

Mais dans cette affaire, la glace n’est pas seulement sportive – elle est mémorielle.

Car ce que l’on voit se dessiner, derrière les arbitrages budgétaires, ressemble à une entreprise plus vaste : détricoter méthodiquement l’héritage de Christian Estrosi. Projet après projet, équipement après équipement, l’ancien édifice est revisité, réévalué, puis, le cas échéant, remisé. Comme si chaque décision portait en elle une double fonction : gouverner le présent, et corriger le passé.

La patinoire n’échappe pas à cette logique. Elle n’est plus seulement une infrastructure olympique : elle devient un symbole. Celui d’une époque révolue, d’une manière de faire que l’on entend solder – quitte à congeler, avec elle, une partie des ambitions niçoises.

D’un côté, Eric Ciotti, désormais aux commandes, regarde la facture avec la rigueur d’un « bon père de famille » qui n’entend pas payer pour les rêves des autres. Pour lui, 80 millions d’euros, ce n’est pas une patinoire, c’est un héritage encombrant. Et comme tout héritage dont on ne veut pas, il convient de l’inventorier… avant de s’en débarrasser. La sobriété devient alors une vertu, et la rupture, une méthode.

De l’autre, Renaud Muselier, président de la région PACA, observe la scène avec l’inquiétude de celui qui voit une stratégie se transformer en sabordage. Car derrière la remise en cause des projets, c’est toute la cohérence olympique qui vacille. Une patinoire n’est pas un caprice, mais une condition. Et les Jeux, eux, n’ont que faire des querelles de succession.

Entre les deux hommes, le dialogue ressemble à une partie de hockey sans palet : chacun patine dans sa direction, sans jamais croiser vraiment l’autre. Car au fond, le désaccord dépasse la question de béton et de glace. Il touche à une vieille tentation politique : exister en effaçant. Marquer son territoire non pas en ajoutant, mais en retirant. Faire œuvre en défaisant, le syndrome français par excellence.

Pendant ce temps, les Jeux olympiques, eux, n’attendent pas. Ils regardent la carte, évaluent les options, et pourraient bien, à la première fissure dans la glace niçoise, décider que le spectacle aura lieu ailleurs. Après tout, le froid ne manque pas en France et Lyon et Grenoble le rappellent avec insistance….

Reste alors cette image délicieuse : une ville candidate aux Jeux d’hiver qui hésite à construire une patinoire – et qui, ce faisant, semble surtout s’employer à faire fondre ce que la précédente équipe avait patiemment gelé.

A Nice, on ne sait pas encore si la glace prendra. Mais une chose est sûre : le passé, lui, est déjà en train d’être décongelé… pour mieux être effacé.


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