Nation en deuil, industrie en pleine forme.
Il aura donc fallu la disparition de Loana pour que la France découvre, bouleversée, qu’elle avait un cœur. Pendant vingt ans, pourtant, ce cœur battait surtout à l’audimat.
On l’avait connue naïve dans une piscine, offerte en pâture à la France entière par Loft Story. On l’a retrouvée, des années plus tard, invitée régulière de plateaux compatissants, où l’on compatissait beaucoup – entre deux coupures pub pour des paris en ligne et des crèmes amincissantes.
Hier, elle était « ingérable », « pathétique », « déclassée ». Aujourd’hui, elle est « touchante », « lumineuse », « inoubliable ». Un miracle médiatique : la mort transforme tout en dignité.
Sur les plateaux télé, les mines sont graves. Les mêmes qui ricanaient en coulisses découvrent des trémolos dans la voix. On ressort des archives soigneusement sélectionnées : Loana qui sourit, Loana qui espère, Loana qui « revient ». On oublie pudiquement Loana qui dérange, Loana qui déraille, Loana qui supplie.
Certains animateurs, pris d’une soudaine vocation humaniste, expliquent qu’ils « l’aimaient beaucoup ». C’est vrai : ils l’aimaient tellement qu’ils l’invitaient quand ça allait mal. Ça faisait de très bonnes audiences, notamment pour « Touche pas à mon poste ».
D’autres éditorialistes saluent « le symbole d’une époque ». Une époque, en effet, où l’on transformait des anonymes en icônes jetables, avec option chute libre incluse. Les réseaux sociaux, eux, sont en feu : pluie d’hommages, avalanche de cœurs brisés, tsunami d’émotion. Beaucoup découvrent aujourd’hui qu’ils l’avaient toujours « respectée ». Ils ont simplement oublié de le montrer de son vivant.
La morale de cette histoire ? Elle tient en une phrase simple : en France, on adore les tragédies – surtout quand on y a un peu contribué. Mais rassurons-nous : dès demain, tout recommencera. Une nouvelle Loana apparaîtra quelque part, dans une émission quelconque, avec des rêves plein les yeux.
Et une fois encore, on sera là pour la regarder tomber, seule, dans un petit studio niçois.

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