Opération Massue, ou la diplomatie selon Cro-Magnon

Donald Trump a donc trouvé un nom pour son imaginaire géopolitique : Opération Massue. On attendait peut-être Opération Diplomatie PréventiveOpération Désescalade Raisonnée, voire, dans un moment d’audace lexicale, Opération Essayons de ne pas déclencher l’apocalypse avant le dessert. Mais non. Massue. Le mot évoque moins la salle de crise du Pentagone que le rayon « ustensiles du quotidien » d’un musée de préhistoire.

Il faut reconnaître à l’hôte de la Maison-Blanche une certaine cohérence stylistique. Quand Donald Trump menace de renvoyer l’Iran « à l’âge des cavernes », il ne recourt pas seulement à une métaphore stratégique ; il semble effectuer un retour aux sources, une sorte de voyage intérieur vers ses ancêtres conceptuels. On imagine un conseiller lui proposer un arsenal de concepts diplomatiques – équilibre régional, dissuasion graduée, négociation multilatérale – et voir son regard se voiler comme celui d’un hominidé découvrant le feu mais trouvant finalement le gourdin plus simple d’usage.

Car chez Trump-Pierrafeu, la politique étrangère ressemble souvent à une réunion de famille chez les australopithèques. On grogne beaucoup, on tape sur les rochers, on gonfle les pectoraux et l’idée dominante consiste à déterminer quel mammouth mérite d’être poursuivi jusqu’à extinction.

Le plus fascinant reste le contraste avec Xi Jinping. Lors de leurs rencontres, Xi mobilise des références historiques, des allusions civilisationnelles, des couches de pensée stratégique vieilles de plusieurs millénaires. Il cite l’histoire longue, suggère le piège de Thucydide, convoque implicitement Athènes, Sparte, les logiques d’affrontement entre puissance montante et puissance dominante.

Trump, lui, semble offrir comme contribution intellectuelle l’équivalent géopolitique d’un menu McDo annoté au feutre. Là où Xi évoque la tragédie grecque, Trump paraît répondre par une forme de philosophie nutritionnelle articulée autour du Coca-Cola light et du concept sophistiqué de « taper plus fort ».

C’est une confrontation intellectuelle assez inégale. D’un côté, une civilisation qui a inventé Sun Tzu, la bureaucratie impériale et une pensée stratégique millénaire. De l’autre, un homme pour qui Le Prince de Machiavel pourrait être confondu avec un casino d’Atlantic City.

L’ennui, évidemment, est que les massues modernes coûtent plusieurs milliards de dollars et produisent des champignons beaucoup moins comestibles que ceux de la préhistoire.

Trump menace de renvoyer l’Iran à l’âge des cavernes ; l’ironie veut qu’il semble surtout vouloir y installer le département d’État.

On pourrait sourire si la situation n’était pas si sérieuse. Car la rhétorique de la massue n’est pas simplement grotesque ; elle révèle une conception du monde où la complexité est un affront personnel et où toute nuance ressemble à une faiblesse. La diplomatie devient alors ce moment gênant entre deux démonstrations de biceps.

Le piège de Thucydide, au moins, suppose que les dirigeants aient lu Thucydide. Le risque contemporain est peut-être plus modeste intellectuellement : non pas la tragédie grecque, mais le piège de Flintstone – quand un homme persuadé d’incarner la modernité découvre que son logiciel stratégique tient entièrement dans un gourdin.

Et l’histoire, parfois, n’est pas écrite par les civilisations les plus raffinées, mais par celui qui tape le plus fort sur la table ou qui possède le plus gros feutre.

Ce qui est précisément ce qui devrait inquiéter tout le monde.


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